On s’en souvient, cela avait fait tout un plat : impossible d’aller acheter une baguette le 1er mai dernier, le peuple allait être obligé de manger du pain rassis. Plusieurs boulangers avaient même fait l’objet de contrôles de l’Inspection du travail, qui leur reprochait d’avoir ouvert en ce jour sacré. Les restaurateurs s’étaient également joints à la fronde pour critiquer cette nouvelle entrave à la liberté d’entreprendre. Qu’ils se rassurent, un député, visiblement frustré d’avoir mangé du pain dur l’an dernier, a pris les choses en main. Avec l'aide d'un éphémère premier ministre en manque de visibilité, il pensait réussir son coup. C'est raté pour cette année, le combat est reporté à 2027. Le Gouvernement vient de déposer un projet de loi pour autoriser boulangeries et fleuristes à ouvrir dès l'année prochaine.
Sans rentrer dans les détails que tout le monde connait, le premier mai est un jour sanctuarisé, férié, et chômé, pour de lointaines raisons historiques (massacre de Fourmies, procès de Haymarket Square…). L’article L. 3133-6 offre tout de même une exception, en permettant aux établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail, de faire travailler leurs salariés ce jour, moyennant une rémunération doublée.
La protection restait tout de même relativement solide, car il n’est pas facile d’être intégré dans cette notion d’« activité ne pouvant être interrompue ».
Pour élargir l’exception, la proposition de loi n° 1673 prévoyait d’apporter quelques précisions à l’article.
Devaint ainsi être ajoutés aux entreprises pouvant ouvrir le 1er mai :
Le volontariat resterait (théoriquement) de mise
La proposition (très ironiquement nommée « Proposition de loi visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai » alors que ce sont plutôt les employeurs qui la réclament…) prévoyait que seuls les salariés volontaires ayant donné leur accord par écrit à leur employeur pouvaient travailler le 1er mai. Elle ajoutait que ceux qui refuseraient ne pouvaient ni faire l’objet d’une mesure discriminatoire dans le cadre de l’exécution de leur contrat de travail, ni être licenciés pour faute quel qu’autre motif.
Bien qu’il s’agisse d’un sacré coup de tronçonneuse dans la protection du seul jour légalement férié (rappelons que les autres dépendent surtout des conventions collectives), plusieurs organisations patronales ont trouvé que le texte n’allait pas assez loin. Celles-ci ont notamment mis en avant le « manque de prévisibilité » qu’impliquerait la condition de volontariat, qui les empêcherait de s’organiser. L’une d’elle n’hésitait ainsi pas à indiquer dans un grand (et bicentenaire) quotidien qu’elle ne demandait pas la remise en cause du 1er mai, ni la fin de sa protection symbolique, mais voulait simplement un cadre juridique qui permettrait l’ouverture des restaurants sans condition de volontariat, celle-ci risquant mécaniquement de conduire à leur fermeture. Bref, on n’est pas contre le premier mai, mais on ne veut pas que ça s’applique… Comprendra qui pourra, mais le fait est, le 1er mai est en danger.
Toutefois, après un premier échec en janvier, le texte devait être examiné au début du mois d'avril. Le manque de coordination des députés du bloc (soi-disant) central en a décidé autrement. Prenant acte, le Gouvernement a ensuite promis un texte d'urgence, dont on a pas vu la couleur. A la dernière minute, le 29 avril 2026, le Premier Ministre a finalement annoncé qu'un projet de loi était déposé pour permettre d'ouvrir les boulangeries et les boutiques de fleurs, mais à partir du 1er mai 2027. Le dispositif devrait, selon les annonces, concerner uniquement les commerces artisanaux de proximité, afin de soutenir les centres-villes, et éviter toute extension aux structures industrielles. On se demande comment cela pourra être retranscrit dans une loi...
Toujours est-il, le débat n'est pas clos.
C'est l'une des idées du Premier Ministre pour contourner le problème : accorder une tolérance aux boulangers et aux fleuristes pour ouvrir ce 1er mai, sans passer par une loi.
Le Gouvernement a ainsi indiqué à la presse qu'il "souhaitait que les boulangeries-pâtisseries et les fleuristes artisanaux puissent sereinement ouvrir leurs commerces, comme de coutume" et qu'"il veillera à apporter une réponse aux éventuelles difficultés que rencontreraient ces artisans". On gouverne désormais par communiqué de presse...
Alors, possible ou pas possible ? Sur le papier, c'est illégal. Le repos du 1er mai est garanti par une loi, et, principe de séparation des pouvoirs oblige, le Gouvernement ne peut pas modifier lui-même cette loi, ni inciter les français à passer outre.
D'où l'idée de la tolérance, qui consisterait en une instruction donnée aux services de l'Etat de ne pas contrôler ni sanctionner les entreprises qui ouvriraient le jour férié. C'est pourtant également impossible. Les deux services pouvant être amenés à sévir contre les employeurs ne respectant pas la loi sont l'Inspection du travail et les juridictions. Or, ceux-ci sont totalement indépendants du Gouvernement, ils ne peuvent recevoir aucun ordre, ni instruction, de sa part. Le Gouvernement ne peut donc ni leur ordonner de laisser les commerces ouverts, ni les sanctionner s'ils refusent de l'écouter. Concrètement, c'est bien un effet d'annonce, nos ministres sont bloqués.
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Pour les patrons qui ne savent pas comment faire travailler leurs salariés le 1er mai, quelques techniques utilisées par leurs confrères :
Comme l'ont rappelé les syndicats, c'est bien beau le volontariat, mais est-ce que cela existe réellement dans un contexte de lien de subordination et de dépendance économique... (très beau sujet de bac philo !) |
Le communiqué du Gouvernement : ICI
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