On s’en souvient, cela avait fait tout un plat : impossible d’aller acheter une baguette le 1er mai dernier, le peuple allait être obligé de manger du pain rassis. Plusieurs boulangers avaient même fait l’objet de contrôle de l’Inspection du travail, qui leur reprochait d’avoir ouvert en ce jour sacré. Les restaurateurs s’étaient également joints à la fronde pour critiquer cette nouvelle entrave à la liberté d’entreprendre. Qu’ils se rassurent, un député, visiblement frustré d’avoir mangé du pain dur l’an dernier, a pris les choses en main. Ce n’est hélas jamais suffisant pour certains…
Sans rentrer dans les détails que tout le monde connait, le premier mai est un jour sanctuarisé, férié, et chômé, pour de lointaines raisons historiques (massacre de Fourmies, procès de Haymarket Square…). L’article L. 3133-6 offre tout de même une exception, en permettant aux établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail, de faire travailler leurs salariés ce jour, moyennant une rémunération doublée.
La protection restait tout de même relativement solide, car il n’est pas facile d’être intégré dans cette notion d’« activité ne pouvant être interrompue ».
Pour élargir l’exception, la proposition de loi n° 1673 prévoit d’apporter quelques précisions à l’article.
Seraient ainsi ajoutés aux entreprises pouvant ouvrir le 1er mai :
Le volontariat reste (théoriquement) de mise, pour l’instant
La proposition (très ironiquement nommée « Proposition de loi visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai » alors que ce sont plutôt les employeurs qui la réclament…) prévoit que seuls les salariés volontaires ayant donné leur accord par écrit à leur employeur peuvent travailler le 1er mai. Elle ajoute que ceux qui refuseraient ne peuvent ni faire l’objet d’une mesure discriminatoire dans le cadre de l’exécution de leur contrat de travail, ni être licenciés pour faute quel qu’autre motif.
Bien qu’il s’agisse d’un sacré coup de tronçonneuse dans la protection du seul jour légalement férié (rappelons que les autres dépendent surtout des conventions collectives), plusieurs organisations patronales ont trouvé que le texte n’allait pas assez loin. Celles-ci ont notamment mis en avant le « manque de prévisibilité » qu’impliquerait la condition de volontariat, qui les empêcherait de s’organiser. L’une d’elle n’hésitait ainsi pas à indiquer dans un grand (et bicentenaire) quotidien qu’elle ne demandait pas la remise en cause du 1er mai, ni la fin de sa protection symbolique, mais voulait simplement un cadre juridique qui permettrait l’ouverture des restaurants sans condition de volontariat, celle-ci risquant mécaniquement de conduire à leur fermeture. Bref, on n’est pas contre le premier mai, mais on ne veut pas que ça s’applique… Comprendra qui pourra, mais le fait est, le 1er mai est en danger. Le texte devait être examiné le 22 janvier, mais un imbroglio a remis à plus tard son passage devant les parlementaires. Affaire à suivre, le Gouvernement ayant placé celui-ci parmi ses priorités.
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Pour les patrons qui ne savent pas comment faire travailler leurs salariés le 1er mai, quelques techniques utilisées par leurs confrères :
Comme l'ont rappelé les syndicats, c'est bien beau le volontariat, mais est-ce que cela existe réellement dans un contexte de lien de subordination et de dépendance économique... (très beau sujet de bac philo !) |
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